Pourquoi vous vous blessez en courant ? — et ce que la science dit pour l'éviter

80 % des blessures en course à pied sont liées à la surcharge, pas à la malchance. Découvrez le principe scientifique qui protège vraiment vos tendons et votre progression. Comprenez pourquoi vous vous blessez en courant !

SANTÉ ACTIVESPORTCOURSE À PIEDENTRAINEMENT COUSE À PIED

Julien

9/6/20264 min read

Un coureur cours sereinement
Un coureur cours sereinement

Vous courez régulièrement, vous vous sentez bien, et pourtant — un matin — le tendon, le genou ou le tibia dit stop. Pas de chute, pas d'accident. Juste une douleur qui s'installe. Si cette situation vous est familière, cet article est fait pour vous.

La vérité sur les blessures en course à pied

Voici une statistique qui devrait changer votre façon d'aborder l'entraînement : entre 50 et 75 % des coureurs se blessent chaque année. Et dans 80 % des cas, il ne s'agit pas d'un accident — mais d'une blessure de surcharge.

Une blessure de surcharge, c'est simplement lorsque le corps reçoit plus de contraintes qu'il ne peut en absorber sur une période donnée. Pas assez de temps pour récupérer, pas assez de temps pour s'adapter. La conséquence : le tendon, l'os ou le cartilage finit par céder.

Ce qui est frappant, c'est que la plupart des coureurs cherchent la cause au mauvais endroit.

Ce que vous pensez qui vous a blessé :

❌ Vos chaussures — aucune étude ne démontre qu'un modèle protège mieux qu'un autre

❌ Le manque d'étirements — les méta-analyses ne montrent pas de réduction des blessures

❌Le terrain trop dur — le corps s'adapte à tout surface, à condition de progresser

La vraie cause, dans la grande majorité des cas ? Une progression trop rapide par rapport à ce que vos tissus pouvaient supporter.

Le facteur limitant que vous ignorez probablement

Voici ce que j'explique régulièrement à mes patients en cabinet : le problème du coureur débutant ou reprenant, ce n'est pas le cœur. Ce ne sont pas les poumons. C'est le tendon.

Le système cardio-vasculaire s'adapte en 2 à 4 semaines. Le muscle, en 2 à 3 semaines. Mais le tendon, lui, a besoin de 6 à 12 semaines pour se remodeler à une nouvelle charge. L'os trabéculaire ? 3 à 6 mois.

Ce décalage d'adaptation crée un piège redoutable : vous vous sentez bien, votre cardio progresse, vos jambes semblent tenir — et c'est justement à ce moment-là que la blessure arrive. Pas parce que vous avez mal fait. Parce que vous avez été plus rapide que vos tissus.

Le tendon s'adapte 3 fois plus lentement que le muscle à un même stimulus d'entraînement.

Source : Cook & Purdam, 2009

Le principe qui change tout : la progressivité

Il existe un outil scientifique développé pour quantifier précisément ce risque : le ratio ACWR (Acute:Chronic Workload Ratio), ou ratio charge aiguë / charge chronique.

Le principe est simple : votre corps supporte bien une charge d'entraînement similaire à ce qu'il a fait ces dernières semaines. Ce qu'il supporte mal, c'est un pic soudain — une semaine beaucoup plus chargée que la normale.

Comment ça fonctionne concrètement ?

Imaginez un coureur qui tourne habituellement autour de 30 km par semaine. Motivé avant une course, il décide de passer à 55 km la semaine suivante. Son ratio ACWR est alors de 1,83 — largement au-dessus du seuil de danger fixé à 1,5 par la recherche.

Le même coureur, s'il avait progressé sur quatre semaines (32 / 35 / 38 / 42 km), aurait maintenu un ratio autour de 1,25 — zone de progression optimale, sans sur-sollicitation des tissus.

Exemple concret

🔴 Progression trop rapide

30 km → 55 km en une semaine

ACWR = 1,83 → Zone danger

🟢 Progression maîtrisée

30 → 32 → 35 → 38 → 42 km

ACWR = 1,25 → Zone sûre

La règle des 10 % : vraie mais incomplète

Vous avez peut-être entendu parler de la règle des 10 % : ne jamais augmenter son volume d'entraînement de plus de 10 % par semaine. Cette règle n'est pas fausse — elle impose une limite de prudence. Mais elle est insuffisante.

Son problème principal : elle traite tout le monde pareil. 10 % de 10 km par semaine, c'est 1 km supplémentaire. 10 % de 80 km, c'est 8 km. Ces deux situations ne représentent pas du tout la même contrainte pour les tissus.

Elle ignore aussi l'intensité des séances : une sortie en fractionné crée une charge bien plus importante qu'un footing lent sur la même distance.

3 principes à retenir dès aujourd'hui

Sans rentrer dans le détail du calcul complet (c'est l'objet du micro-learning), voici trois règles concrètes à intégrer dès maintenant :

1. Calculez votre charge moyenne sur les 4 dernières semaines avant d'augmenter votre volume.

2. Après un arrêt, même court, traitez-vous comme un débutant pour les premières semaines.

3. Une douleur qui persiste plus de 24h après une sortie, c'est un signal — pas une faiblesse. Votre charge était trop élevée.

Vous voulez aller plus loin ?
Ces trois principes sont un bon point de départ. Mais appliquer la progressivité à votre situation personnelle — votre niveau de base, vos objectifs, votre historique de blessures — c'est une autre étape.

La capsule pédagogique SantAct #1 vous donne les outils concrets pour y arriver : calcul du ratio ACWR adapté à votre profil, tableau des 5 règles pratiques semaine par semaine, quiz de validation, et protocole de progression selon votre niveau.

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Julien Lachaume

Masseur-kinésithérapeute D.E. & Ostéopathe D.O. — SantAct.fr, Valence-en-Poitou

Formé à la méthode McKenzie, à la Clinique du Coureur et à l'approche Evidence-Based. Finisher de 3 Ironman et de plus de 20 marathons (record 3h03). Maître praticien en hypnose ericksonienne.

Sources

• van Gent RN et al. (2007). Incidence and determinants of lower extremity running injuries in long distance runners. British Journal of Sports Medicine.

• Hreljac A. (2004). Impact and overuse injuries in runners. Medicine & Science in Sports & Exercise.

• Cook JL, Purdam CR. (2009). Is tendon pathology a continuum? A pathology model to explain the clinical presentation of load-induced tendinopathy. British Journal of Sports Medicine.

• Gabbett TJ. (2016). The training-injury prevention paradox. British Journal of Sports Medicine.

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